lundi 23 avril 2018

Ne rien faire


Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz - Treizième Poésie Verticale

dimanche 22 avril 2018

samedi 21 avril 2018

Mise en danger


Les oeuvres d'art sont toujours le résultat d'avoir été en danger, d'être allé jusqu'au bout d'une expérience, jusqu'au point où nul ne peut aller plus loin.

Rainer Maria Rilke

vendredi 20 avril 2018

Offrande du coeur

Prendre le coeur
Le tendre comme une fleur
L'arracher du corps
L'offrir à la mort
Le sentir battre encore...
Ne pas avoir peur
De voir approcher l'heure

Sarabacha

jeudi 19 avril 2018

Critère du vrai


Étant donné la faiblesse de nos sens, nous ne sommes pas à même de disposer d'un critère du vrai.

Anaxagore

mercredi 18 avril 2018

Aperçu d'éternité

La passion charnelle reste la plus haute forme de quête spirituelle. Elle est un aperçu d'éternité.

François Cheng

mardi 17 avril 2018

La nature du cœur humain


Ts'oei-kiu demanda à Lao-tan :
- Comment gouverne-t-on les hommes, sans agir sur eux ?
Lao-tan répondit :
- En ne faisant aucune violence à leur cœur. Le cœur de l'homme est ainsi fait que toute oppression l'abat, que toute excitation le soulève. Opprimé, il se pétrifie ; excité, il s'emballe. Tantôt il plie ; tantôt il se raidit. Parfois il brûle comme le feu, parfois il devient froid comme la glace.
Le mouvement du cœur est si rapide que le temps d'incliner et de relever la tête, il s'en est allé jusqu'au bout des Quatre Mers et en est revenu. Lorsqu'il est au repos, il est insondable comme l'abîme. Lorsqu'il se met en mouvement, il est aussi libre et incontrôlable que les corps célestes.
Fier de sa liberté et, et ne se laissant dompter par personne, telle est la nature du cœur humain.

Tchouang-tseu

lundi 16 avril 2018

Shams


Tu es soleil ma vie, lumière ma joie, qui éclaire les paysages arides de mon âme désertée par la caresse de l'amour : du profond ce cri appel lancinant de la pluie qui irrigue le ciel et féconde la terre, enveloppe de fraîcheur l'ampleur de la nuit sans lune d'où tu renaîtras implacable, astre levant qui toujours danse sur mon horizon rougeoyant tandis que je t'espère, de mon cœur l'incendie qui reconduit inéluctablement à l'illimité.

dimanche 15 avril 2018

Conquête des cœurs

On n'a jamais conquis les hommes en se croyant plus sages qu'eux ; on les conquiert en se présentant moins sage qu'eux.

Lie-Tseu

samedi 14 avril 2018

Zone de transit


Je suis entre deux portes ; l'une, derrière moi, est bien verrouillée et l'autre, devant moi, n'est pas tout à fait ouverte. Dans mes bagages, il y a toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et ce sourire, impérissable, qui perce le rideau des larmes. Je suis entre deux toi, l'une que je ne parviens pas à oublier et l'autre que je ne devine pas encore. Il n'est là que le vide qui fleurit et couve un rêve qui patiemment mûrit. Je suis entre deux mondes, deux vies, et cependant, c'est le même monde, la même vie, qu'unit un seul souffle, une respiration.

vendredi 13 avril 2018

Derniers mots


La peine te prépare à la joie.
Elle évacue violemment toute chose de ta maison afin que la nouvelle joie puisse trouver de la place pour entrer.
Elle secoue les feuilles jaunes de la branche de ton cœur afin que les feuilles vertes et fraîche puissent pousser à leur place.
Elle tire les racines pourries afin que les racines cachées dessous aient la place de pousser.
Quelle que soit la peine qui agite ton coeur, de bien meilleures choses prendront sa place.

Jâlal Od-Din Rûmî

jeudi 12 avril 2018

mercredi 11 avril 2018

Terrible grâce


Même dans notre sommeil
La douleur qu’on n’arrive pas à oublier
Tombe goutte à goutte sur notre coeur,
Jusqu’à ce que, dans notre désespoir,
Contre notre volonté,
À travers la terrible grâce de Dieu,
Vienne la sagesse.


Eschyle

lundi 9 avril 2018

Naissance d'un poème


Comme les larmes montent aux yeux
puis naissent et se pressent,
les mots font de même.
Nous devons seulement les empêcher
de s'écraser comme les larmes,
ou de refouler au plus profond.


Un lit en premier les accueille :
les mots rayonnent.

Un poème va bientôt se former,
il pourra, par les nuits étoilées,
courir le monde,
ou consoler les yeux rougis.

Mais pas renoncer.

René Char

dimanche 8 avril 2018

Plaisir concrétisé

La beauté est un plaisir concrétisé. La beauté est le plaisir perçu comme une qualité de l’objet.

Georges Santayana

Simplicité

La chose la plus désirable, celle après laquelle on peut courir toute sa vie ? Ce n'est ni la gloire, ni l'illumination. C'est la simplicité.

Henri Gougaud

samedi 7 avril 2018

Bon à rien


Vos théories, dit Hoei-tseu à Tchouang-tseu, témoignent de votre intelligence, mais elles n'ont aucune valeur pratique ; aussi personne ne s'y intéresse, tel un grand ailante, dont le bois fibreux ne peut se débiter en planche et dont les branches noueuses ne peuvent servir à quoi que ce soit.
- Tant mieux pour moi, répondit Tchouang-Tseu, car tout ce dont on peut faire usage périt par cet motif même. La martre a beau utiliser mille stratagèmes pour échapper aux pièges, elle finit par être tuée car sa fourrure est recherchée. Le yak, pourtant si puissant, finit par être tué, sa queue servant à confectionner des étendards. Tandis que l'ailante, auquel vous me faites l'honneur de me comparer, pousse dans un terrain stérile, grandit autant qu'il veut ; il offrira son large ombrage au voyageur et au dormeur, sans crainte de la hache, précisément parce que, comme vous le dites, il n'est propre à aucun usage. N'être bon à rien, n'est-ce pas un état dont il faudrait se réjouir ?

Tchouang-Tseu

vendredi 6 avril 2018

Touareg


J'écris touareg
dans mon journal de bord
se dresse alors une silhouette 
à contre-jour 
sa peau est plus sombre
que le cuir
de son chameau 
ses yeux d'obsidienne
ourlés de khôl
aux si profonds tunnels
qu'on imagine une étoile
s'y baigner
il a les traits du soleil
couchant
son turban bleu 
déroule l'horizon
dans un vent de cobalt

le petit coup sec de son fouet
commande à sa monture de s’asseoir
je demeure là 
observant le frêle équipage
s'agenouiller à mes pieds

l'homme tend sa gourde
me fait signe de m'abreuver
une source fraîche au parfum d'oranger
coule en moi 
je ferme les yeux
la nuit tombe
face à moi cet inconnu
sa monture
son odeur âcre de cuir
se mêlant à la douceur des figues

sur les pages de mon journal
les grains de sable
d'un marchand de bonheur

Cygne blanc

jeudi 5 avril 2018

Vérité intérieure


La vérité intérieure c'est la simplicité, la sincérité, la droiture que chacun porte en lui. Cela seul influence les hommes. Personne n'est touché par des paroles abondantes, par des larmes excessives. Les sentiments véritables se communiquent à autrui sans l'artifice de la parole ni du geste. Ils expriment alors la vérité intérieure de l'être. D'elle, naissent toutes les vertus, l'affection des parents et la piété des enfants, la loyauté envers le prince, la joie communicative dans les festins, la compassion sincère lors des funérailles. Ces sentiments sincères n'ont rien d'artificiel, tandis que les rites dans lesquels vous prétendez enserrer tous les actes de la vie sont une comédie. La vérité intérieure est la part que chaque homme a reçue avec la nature.

Tchouang-tseu

mercredi 4 avril 2018

Au bord de demain


Au bord de demain, toujours un vertige. Le vide me tend les bras et me reconduit à ton absence. J'essaie de deviner dans quel visage je te retrouverai, et cependant je sais que je n'ai pas d'autre choix que de fermer les yeux et de plonger dans la vie, cette incandescence.

mardi 3 avril 2018

Le parfum de l'orchidée


Lorsque deux êtres sont unis dans l'intimité de leur cœur, ils sont capables de briser le fer et l'airain. Lorsque deux êtres se comprennent dans l'intimité de leur cœur, leurs paroles sont douces et enivrantes comme le parfum de l'orchidée.

Yi King

lundi 2 avril 2018

Glissement de temps


Entre deux mondes, un glissement de temps me ramène au cœur de la musique de l'être. Ici, même si tout s'agite autour de moi, il n'est qu'immobilité et silence. Au centre, le pivot autour duquel tourne le monde dans sa course folle et un œil de cyclone qui cligne rieur. Quand je vais par là, il n'y a plus vraiment de toi ni de moi mais seulement un espace vacant dans lequel je m'absente sans envie de revenir sur mes pas. 

dimanche 1 avril 2018

Les fleurs du cerisier sauvage


Les fleurs du cerisier sauvage volent dans le vent.
Comment ne penserais-je pas à vous ?
Mais vous demeurez si loin d'ici.
Après avoir cité ce chant ancien, le Maître dit : « S'il pensait véritablement à elle, la distance ne compterait pas. »

Confucius

samedi 31 mars 2018

En voie de désertification


Je suis en voie de désertification. Lentement mais sûrement, l'espace grand ouvert grignote en moi ce qui reste du monde des machines aux yeux peuplés d'écrans plats. Je me laisse gagner inexorablement par les sables émouvants du silence et de la solitude qui me conduiront au-delà de moi-même. Je m'abandonne à la caresse vertigineuse du soleil qui m'invite à te rejoindre dans ton absence : puisque tu n'es plus là où je me trouve, pourquoi y demeurerai-je un instant de plus ? Je me perds donc de vue et me retire de celui que je croyais être. Comme la vague dénudant la plage en revenant à l'océan dans son ressac amoureux, je me découvre alors étendue sauvage et vierge de tout passé, inchangée depuis le commencement du temps, qui attendait patiemment son heure.

vendredi 30 mars 2018

Clownerie


Gorgias disait : « Le sérieux de l'adversaire, il faut le détruire par la plaisanterie, et sa plaisanterie par le sérieux. » Il a raison.

Aristote.

jeudi 29 mars 2018

Terre promise


Le désert me traverse sans trêve, de part en part, et je me demande s'il aura une fin. À l'ombre de ton sourire, j'ai cru trouver une oasis et voilà qu'elle est désormais derrière moi tandis que je marche vers ma terre promise. Je la rêve verdoyante comme un lendemain printanier à tous mes hivers, et immense, comme le silence que je ne saurais quitter.

mercredi 28 mars 2018

Nourritures amoureuses

L'essentiel, dans l'enseignement de l'art de la vie, ne peut être perçu par la seule raison. C'est probablement pour cela qu'aux questions vitales que les assoiffés ne peuvent s'empêcher de poser, ceux qui ont goûté, senti, perçu la réponse ne peuvent offrir que des histoires, des contes, des fables, des confidences, des choses un jour vécues, bref ce que j'appellerai, faute de mieux, des nourritures amoureuses. Car il ne s'agit pas de faire comprendre, d'enfermer l'indicible entre les murs de la seule raison, mais de donner à savourer un goût, un parfum, ou d'allumer une lanterne et d'éclairer non pas une de ces réalités incassables et tyranniques dont on ne sait trop que faire, mais une impalpable présence.

Henri Gougaud

mardi 27 mars 2018

Vaisseau de sable


La maison de mon cœur, qui t'était toute ouverte, est devenue maintenant que tu l'as désertée, un vaisseau de sable. Le vent passe et efface tout, même la trace de ton sourire - qui l'eut cru ? Il ne reste rien que les os de l'âme qui ont blanchi sous le soleil et brillent comme or vivant dans la nuit. Ce sont semences d'étoiles que la vie emportera. Ailleurs.

lundi 26 mars 2018

Accoucher de l'oasis

Aucune vie ne saurait être précieuse si on ne sait pas rêver, aucun mirage ne saurait accoucher de l'oasis si on ne sait pas déceler dans la nudité du Désert de quoi habiller notre âme et épurer notre esprit.

Yasmina Khadra

dimanche 25 mars 2018

Âne heureux


Elle est pas belle, la vie ?

Rivière sous la rivière


Je marche la rivière sous la rivière et je travaille la pierre dans la pierre. Je suis désert dans le désert, ciel qui enfante le ciel en lui-même. J'ai un œil dans mon œil, une oreille dans mon oreille, un pied dans mon pied, une main dans ma main, et je me perds dans le Cœur qui est dans mon cœur.

vendredi 23 mars 2018

Anneau d'or

Quel est ce mot 
et son poids de remords

quel est ce doute
qui brise nos accords

quelle est cette bête
qui déchire nos corps

quel est ce poison
qui nous endort

quel est ce doigt
qui laisse échapper
l'anneau d'or

quel est ce fragile
espace au dehors

n'est-ce pas la mort
qui implore sa part 
d'aurore

Cygne blanc