mardi 27 juin 2017

Miracle absolu


Je crois qu’une feuille d’herbe n’est en rien inférieure au labeur des étoiles,
Et que la fourmi est également parfaite, et un grain de sable, et l’œuf du roitelet,
Et que la rainette est un chef d’œuvre digne du plus haut des cieux,
Et que la ronce grimpante pourrait orner les salons du ciel,
Et que la plus infime jointure de ma main l’emporte sur toute mécanique,
Et que la vache qui broute tête baissée surpasse n’importe quelle statue
Et qu’une souris est un miracle capable de confondre des milliards d’incroyants.

Walt Whitman

dimanche 25 juin 2017

Cette sorte d'attention qu'on appelle l'amour


Si nous étions capables de nous oublier, c'est-à-dire de dissiper, ne serait-ce que le temps d'un Pater, tout ce qui nous embrume, nous occupe, nous pèse, nous endort, nous distrait, la question de Dieu ne se poserait pas, simplement parce qu'il n'y aurait plus de questions. Si nous étions capables de cette sorte d'attention qu'on appelle l'amour, il n'y aurait plus que des évidences.

Henri Gougaud

mercredi 21 juin 2017

Cicatrices

Les traces que les hommes laissent sont trop souvent des cicatrices....
Le chagrin ne vous change pas, il vous révèle.


John Green

dimanche 18 juin 2017

Dieu apprend

Prenez vos forces bien disciplinées
et étirez-les entre deux pôles opposés.
Parce que c'est en l'être humain
que Dieu apprend.

Rainer Maria Rilke

mercredi 14 juin 2017

Haute mer


J'ai largué toutes les amarres et j'embrasse le grand large, furieusement, sur la bouche. Je ne sais pas où je vais ni si je retrouverai un port d'attache. Cela n'a pas d'importance. Je suis arrivé où rien ne va et où tout commence. L'abîme me tend les bras, joyeux. Les profondeurs savent ce que je ne sais pas, imperturbables. Elle a un goût de sel. Son souffle tout à la fois me transperce et emplit mes voiles. Dans son cou, un parfum d'embruns fous. Dans ses yeux, un océan d'étoiles, mouvant.

dimanche 11 juin 2017

MeuuuH non !

(Fable de la vache folle)

Il était une fois dans une vaste prairie balayée en permanence par de forts vents du sud ouest, une pauvre vache laitière à la robe blanche tachetée de noir prénommée Hortense.

La pauvre vache meuglait à pie fendre. Pas la moindre petite brindille à brouter. Que des lichens et des cailloux, qu'elle avait déjà léché plus de cent fois avec sa grosse langue fissurée. Même les mouches n'osaient plus s'aventurer sur ses bouses rachitiques et dures comme du ciment au sortir de son anneau pylorique irrité.

Quand on sait qu'une vache normale mastique en moyenne de cinquante à soixante dix fois par minute et qu'elle maintient ce rythme effréné pendant des périodes de dix à douze heures d'affilé pour un grand total de quarante à quarante-cinq mille mouvements de mâchoires par jour, on ne peux que plaindre la pauvre Hortense, réduite à quelques mastications éparses au gré d'hirsutes touffes de mauvaises herbes rencontrées in sine qua non au fil d'errances éperdues.

Cependant que dans le pâturage voisin du sien séparé par un minuscule fil électrifié, un tendre ruisseau glougloutait, dévalait l'abrupt d'une riche prairie semé de pâquerettes et de myosotis en fleurs saturés de pollen que libellules et bourdons survolaient non sans euphorie, à la fois grisés et béats. Des humaines nues y jouaient de la harpe en chantant du Céline Dion tout en sautillant et gambadant allègrement, la brise jouant dans leurs poils pubiens.

Hortense, notre pauvre vache, ne pouvait que constater _ et ce constat la mettait il va sans dire à la torture_ que l'herbe du voisin ainsi que le vieil adage le dit, était vraiment plus verte que celle de son  pâturage. Comme elle aurait aimé s'en repaître jusqu'à en avoir les pis gonflés, que Fernand, le fermier, de ses grosses mains couvertes de verrues plantaires vienne lui tirer sur les trayons jusqu'à l'en vider de son lait.

Heureusement, à la sortie du lit, le matin même, elle avait eu le loisir de se sustenter, surprenant un loup qui rôdait à l'entour des bâtiments, elle avait plongée dessus du deuxième de l'étable et l'avait dévoré à belles dents alors que dans l'aube naissante l'écho cacophonique des clochers des villages des alentours s'emmêlaient dans l'air tiède et gorgé des odeurs de la défécation subite du loup qu'une peur sauvage avait étreint au moment où la mort lui décochait cet irrésistible dernier clin d’œil. Waouuu ! Comme hurlait l'autre, son cousin de meute,  pris quelques kilomètres plus bas dans un piège à ours. Un waouuu cependant vagit du bout d’une pensée, jamais poussé.

Vache qui rit, vache qui pète, vache qui fume la cigarette. Hortense n'était pas vache à se laisser abattre, elle ne finirait pas sur le gril graisseux d'un BBQ au propane de banlieue en hamburger avec une tranche de cheddar fondant sur le dos. Un jour se serait son tour. La vie n'était pas faite que de vacheries. MeuuuH non !

Ce jour là elle regarda bien dix trains passer avant de se décider et de sauter dans un des wagons, galopant un moment, la langue pendante, à côté de la voie, avant de prendre son élan et de bondir dedans, quittant définitivement sa terre de misère, son fermier trayeur myope et puant des aisselles.

Voilà, en peu de mots circonscrite, l'histoire de la vache qui se levant du mauvais sabot, dévora un loup avant de se faire la malle pour le pays des sacs à main et des souliers compensés en cuir véritable.

On raconte que depuis ce matin-là l'herbe a repoussé dans la vallée où habitait Hortense, que monarques et frelons se confondent en virevoltes et autres acrobaties aériennes, que des hommes nus, vieux et bedonnants, à la voix éteinte, tentent de convaincre les femmes nues de l'autre bord de la clôture de venir prendre une tasse de café et des petits fours au babeurre à l’ombre de leurs balancelles.

On raconte bien des histoires, par exemple on prétend que dans la mièvre semence de ces vieillards grisonnants et bedonnants il y aurait certaines toxines qui développées dans un utérus sain risquerait de contaminer la planète d'un nouveau virus encore plus dévastateur que le sida, et qui ferait pousser des poils de culs au cerveau. Entretenue en un milieu humide exceptionnel, cette pilosité cérébrale aura tôt fait  de se propager aux cordes vocales, travestissant la parole en un espèce de borborygme non sans rappeler un meuglement. Meuuuh non !

Pierre Cinq-Mars

samedi 10 juin 2017

Nocturne no 2

Elle s’est tue à la fin
la terre plate et parlante -
il n’y a plus qu’un ange
musicien qui traverse l’air.

Le monde, il semble,
comme un sablier,
tout en lui-même s’est emmuré :
voici le ciel qui donne
et la terre qui reçoit
ses brèves étincelles
et ses radieux silences.

Charlote Melançon

dimanche 4 juin 2017

Un train


      Un train
l'homme à la portière
   descente
le quai s'entasse
de valises
                      balises
et malles


une femme court
trébuche sur l'enfant
le surprend


une balle rouge
entre les rails


une main gantée
devant sa bouche
l'autre agrippe les derniers
    souvenirs


           bousculade
ébranlement de la machine
      la malle s'éventre
l'instrument est à découvert
  précieux
secret
à la vue de tous


l'enfant le saisit
l'enfant sait
il joue


l'homme entend
dans le brouhaha
il s'avance
l'enfant c'est lui
       1940



Cygne blanc

jeudi 1 juin 2017

Épingler un papillon


C’est comme épingler un papillon.
La forme est capturée
Mais le vol est perdu.

Lao-Tseu

mercredi 24 mai 2017

Oies sauvages


Les oies sauvages n'aspirent pas à projeter leur reflet.
L'eau n'aspire pas à recevoir leur image.

Tchouang-Tseu

samedi 20 mai 2017

Dualité


La Vérité est une, et pourtant l'amour veut qu'elle revête la dualité pour jouer à être, à la fois, proche et lointaine.

Swami Râmdâs

jeudi 18 mai 2017

Battement de coeur


Y avait-il une réponse ? Une réponse à quoi ? Je n'étais pas en quête d'une pensée ni d'une philosophie ! J'étais en quête d'un battement de cœur.

Satprem

lundi 8 mai 2017

Splendeur de la vie


Il est parfaitement concevable
que la splendeur de la vie se tienne prête
à côté de chaque être et toujours
dans sa plénitude,
mais qu’elle soit voilée,
enfouie dans les profondeurs,
invisible, lointaine.
Elle est pourtant là,
ni hostile, ni malveillante, ni sourde;
qu’on l’invoque par le mot juste,
par son nom juste,
et elle vient.
C’est là l’essence de la magie,
qui ne crée pas,
mais invoque.


Kafka

mercredi 3 mai 2017

Changer le sang en or


Le paradis n'est pas un lieu de l'univers, mon fils, mais un état de ton être. […] Ferme les yeux, le paradis est là, à tout instant, en toi. Inspire, inscris ces mots derrière tes paupières. Expire, et répands-les partout dans l'obscurité de ton corps. Vois maintenant. La vérité se reconnaît à ce qu'elle change ton sang en or.

Henri Gougaud, Paramour

samedi 22 avril 2017

Un bouquet de fleurs éclairantes


Sophia has no lantern, but walks in the front carrying a bouquet of flowers, for seemingly she can see in the dark and needs no lantern like the man behind her does.

Jeffrey Raff, The Wedding of Sophia

Sophia n'a pas de lanterne, mais elle marche devant en portant un bouquet de fleurs, car il semble qu'elle puisse voir dans le noir et n'a pas besoin de lampe, à la différence de l'homme marchant derrière.

Ma traduction

mardi 18 avril 2017

Fantôme en robe bleue


Ce qu'on appelle l'amour est indéchiffrable - un morceau de soleil oublié sur un mur, une compréhension du mal si fine que seul l'exprime un silence, un fantôme en robe bleue.

Christian Bobin

mardi 28 mars 2017

Âne en vacances


L'âne Jaya, en voyage, prend des vacances. Les posts se feront plus rares pour un temps. Je vous souhaite un beau début de printemps...

lundi 27 mars 2017

Lion de l'éveil


Le lion rugit la parole sans peur
Fracas des crânes de la création,
Honte-panique de l'éléphant-roi.
Seuls les sages en savourent le silence.

Sian-Kiué de Yong-Kia

samedi 25 mars 2017

Aube calme

Vent et rosée d'une aube calme.
Seul, derrière les stores, un homme qui se lève.
Loriots et fleurs, larmes et rires -
Ce printemps, à qui appartient-t-il ?

Li Chang-Yin

jeudi 23 mars 2017

mercredi 22 mars 2017

La rivière oubliée

Endormis les yeux ouverts, vous marchez dans la ville sans Me voir. Pourtant, Je suis partout. Je suis l'arbre qui s'incline sur votre passage. Je suis la petite fleur sauvage qui pousse entre deux dalles de béton et vous sourie. Je suis le brin d'herbe qui danse avec le vent et vous nargue gentiment. Je suis le vent aussi, et les nuages lents qui vont leur chemin sans souci, et le soleil derrière les nuages, et les étoiles patientes. Je suis la rivière oubliée qui chante dans votre cœur. Je suis vous aussi, mais vous l'avez oublié car vous préférez vivre dans le petit monde de votre esprit plutôt que de vous offrir à la vie.

lundi 20 mars 2017

Au bord de la rivière bleue


Les anciens poètes savaient s'enivrer de silence. Ils buvaient à la coupe de l'éternité, rayonnant au cœur de la montagne, demeurant cachés au milieu du peuple. Nous en cherchons en vain les traces, qui ne sauraient conduire nulle part. Pourtant, Han-Chan continue de sourire, assis pensif au bord de la rivière bleue.

dimanche 19 mars 2017

samedi 18 mars 2017

Promenade au mont de la Paix Suprême


Le ciel s'écartèle au péril des rochers ;
Le soleil se déchire au vertige des arbres.
Dans l'ombre des ravins meurt l'éclat du printemps ;
Sur la glace des pics vit la neige d'été.

K'ong Tche-Kouei

vendredi 17 mars 2017

La danseuse sublime

Sensualité de la ville sous la caresse du printemps : tout frémit. La danseuse sublime est partout, virevoltant toute entière dans l'air du temps, un accent de violon sauvage, un regard fauve qui te saisit, une robe légère qui se soulève un instant, un rayon de soleil qui fait jouir la terre...

Oh ! Vivrai-je assez longtemps pour l'embrasser et n'en plus revenir ?

jeudi 16 mars 2017

Vraie lumière


Vraie lumière,
Celle qui jaillit de la nuit ;
Et vraie nuit,
Celle d'où jaillit la lumière.

François Cheng

mardi 14 mars 2017

Coulée


N'appelle pas Dieu à voix haute
Sa source est en toi
Et si tu n'obstrues pas le passage 
Rien n'en suspend la coulée

Angélus Silesius